28/04/25

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Automatiser le chaos ? Pourquoi l’IA refuse les processus flous

Avr 28, 2025 | Automatisation, B2B, Business, Data, Digital, Digital factory, IA, Innovation, PME, Product management, Stratégie digitale, Transformation digitale

« L’automatisation n’améliore pas un processus ; elle le rend simplement plus rapide. S’il est mauvais, vous obtiendrez de mauvais résultats… plus vite. »
— Adage (trop) souvent vérifié sur les projets d’intelligence artificielle

1. Quand le rêve d’hyper‑automation se heurte à la réalité des workflows

Depuis l’irruption de ChatGPT et des grands modèles de langage, de nombreuses directions pensent qu’il suffit de « brancher de l’IA » pour rationaliser leurs opérations. Pourtant, entre 70 % et 85 % des initiatives IA échouent encore à produire la valeur promise — ou, pire, sont abandonnées avant la mise en production NTT DATADynatrace.
Le diagnostic revient : manque de données, compétences rares… mais, surtout, processus mal connus voire inexistants. Mettre un agent conversationnel ou un bot RPA sur un enchaînement d’étapes bancales, c’est espérer qu’un pilote automatique découvre seul la piste d’atterrissage : mission impossible.

2. Pourquoi l’IA « voit » mal dans les zones d’ombre

Un algorithme apprend à partir de données structurées et de règles cohérentes. Si le workflow change d’une équipe à l’autre, si les exceptions ne sont pas documentées ou si les décisions reposent sur la mémoire de deux experts, l’IA reçoit un signal contradictoire :

Zone d’ombre Effet sur le modèle Résultat en production
Variantes non documentées Features bruitées Prédictions instables
Règles « tribales » Biais systémique Explosions d’exceptions
Responsabilités floues Données manquantes Bouclage manuel massif
KPIs absents Pas d’objectif clair Impossibilité de mesurer le ROI

En d’autres termes : Garbage In, Garbage Out. L’IA ne « devine » pas la vérité métier ; elle amplifie ce qu’on lui donne.

3. Les symptômes d’un chaos automatisé

  1. POC brillant, déploiement désastreux : avec l’échantillon nettoyé pour le pilote, tout fonctionne. Dans la vie vie réelle, les cas marginaux explosent.
  2. Inflation des exceptions : le centre de services passe ses journées à corriger ce que le robot n’a pas compris ; la promesse de productivité s’évapore.
  3. Shadow IT : faute de processus unifié, chaque département développe son petit bot ; on multiplie les silos.
  4. Audit réglementaire défavorable : impossible de montrer une traçabilité fiable aux régulateurs (LPD, RGPD) quand les étapes métier ne sont pas formalisées.

Ces scénarios ne sont pas des caricatures : McKinsey rappelle que « le principal obstacle au succès de l’IA n’est pas la technologie, mais le leadership », c’est‑à‑dire la capacité à clarifier les processus et à orchestrer le changement McKinsey & Company.

4. Chiffres clés : la facture des processus flous

  • 85 % des projets IA ratent leurs objectifs business (Gartner) Dynatrace.
  • Bain & Company note que les entreprises qui cartographient systématiquement leurs flux doublent la probabilité de succès d’un déploiement d’IA générative Bain.
  • Les initiatives qui traitent d’abord la standardisation des workflows réduisent de 40 % le cycle time dès la première année McKinsey & Company.

Autrement dit : la clarté processuelle n’est pas un « plus », c’est un multiplicateur de valeur.

5. Anatomie d’un processus flou

5.1 Connaissance implicite

Lorsque 80 % des règles critiques ne sont connues que de quelques seniors, l’algorithme n’y aura jamais accès.

5.2 Données disséminées

Un même champ « Date de facture » peut se trouver dans quatre outils, avec trois formats. Le datalake ressemble à une mosaïque incomplète.

5.3 Responsabilités diffusées

Sans owner, personne ne tranche les anomalies : on ajoute des “work‑arounds” qui brouillent encore le flux.

5.4 Mesures absentes

Sans KPI comme touch‑time ou first‑pass‑yield, impossible de juger si l’IA améliore vraiment la performance.

6. Le cercle vicieux « données ↔ processus »

Un processus mal conçu produit des données de piètre qualité. Ces données nourrissent ensuite des modèles IA faiblement performants, qui aggravent la variabilité et génèrent davantage d’exceptions… lesquelles détériorent encore le processus. Pour casser ce cercle, il faut d’abord stabiliser le workflow, puis songer à l’automatiser.

7. Les prérequis pour rendre un processus AI‑ready

  1. Cartographie exhaustive
    • Utilisez BPMN, SIPOC ou un outil de process mining pour visualiser chaque étape, rôle, décision.
  2. Standardisation / Lean
    • Supprimez les variantes inutiles, définissez les entrées/sorties et les règles de gestion.
  3. Gouvernance et ownership
    • Attribuez un process owner responsable des KPI, du backlog d’amélioration et du cycle de validation.
  4. Instrumentation des données
    • Vérifiez la complétude, l’unicité et la fraîcheur des champs indispensables au futur modèle.
  5. Métriques cibles
    • Définissez un objectif simple : –30 % de cycle‑time, +10 % de taux de conformité, etc.
  6. Boucle d’amélioration continue
    • Prévoyez un rituel (weekly) de revue des exceptions et de réentraînement des modèles.

8. Méthode en six étapes avant d’appuyer sur Start

Étape Livrable Piège à éviter
1. Discovery Log des événements, entretiens Oublier les variants « informels »
2. Mapping Diagramme BPMN niveau 2 Cartes trop haut‑niveau
3. Standardisation SOP validées Surcharger de règles théoriques
4. Data Profiling Rapport qualité (NULL, doublons) Ignorer la volumétrie future
5. Pilotage KPI Tableau de bord (cycle‑time, exceptions) KPI non alignés au business
6. Automation Bot / modèle IA Sauter les tests sur cas limites

 

9. Cas d’usage : la différence qu’une cartographie peut faire

PME e‑commerce suisse

  • Avant : process de validation commande éclaté sur 11 variantes régionales ; 32 % de commandes bloquées manuellement.
  • Action : workshop Event Storming + refonte BPMN en trois variantes standard.
  • Résultat : modèle IA de scoring de fraude entraîné sur données homogènes ; ‑45 % de cycle‑time et +5 pts de satisfaction client en six mois.

Ce succès n’est pas dû à un algorithme révolutionnaire, mais à la clarté retrouvée du processus.

10. Objection fréquente : « Nous documenterons après le pilote… »

C’est l’inverse : le pilote est précisément ce qui échouera sans documentation. Comme le souligne CIO Dive, la multiplication des échecs précoces « sert » parfois à apprendre —but seulement si l’on tire les leçons des racines processuelles du problème ciodive.com. Autrement, l’organisation empile les POC zombies qui érodent la confiance interne.

11. IA générative : encore plus exigeante sur la qualité process

Les LLM peuvent halluciner lorsque le contexte est ambigu. Un prompt qui résume un processus mal défini générera des réponses incohérentes. Bain & Company insiste sur la nécessité d’un cadre de gouvernance reproductible avant de déployer la génération de contenu ou la rédaction d’e‑mails automatiques Bain. L’argument vaut pour tous les cas : plus le modèle est puissant, plus il amplifie vos défauts.

12. Feuille de route « Processus d’abord » pour 12 mois

Trimestre Objectif clé Indicateur
Q1 Cartographie Top 10 processus 100 % couvert
Q2 Standardisation : réduire de 30 % les variantes Nb de chemins
Q3 Instrumenter la qualité des données % complétude > 95 %
Q4 Lancer 3 automatisations IA sur processus stables Cycle‑time –25 %

Ce phasage sécurise le budget et démontre des gains visibles sans brûler les étapes.

13. Conclusion : l’IA comme accélérateur… de ce que vous êtes déjà

  • Processus clair + IA → performance démultipliée, gouvernance renforcée.
  • Processus flou + IA → chaos accéléré, coût gonflé, confiance ruinée.

Avant d’acheter un nouveau moteur, assurez‑vous que la voiture a un volant, des freins et un tableau de bord lisible. C’est le seul chemin durable vers l’hyper‑automation.

Chez Les DIGIVORES, on vous aide à y voir plus claire dans vos processus, on en parle ? 

Stéphane Gauthier

Stéphane Gauthier

Expert en marketing, communication et transformation digitale, passionné par la culture digitale depuis près de 25 ans, Stéphane Gauthier dirige aujourd'hui l'agence digitale Les DIGIVORES à Genève et accompagne les clients de l'agence pour définir leurs stratégies dans la culture digitale puis les coache sur le terrain pour la mise en oeuvre et les faire monter en compétence.

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