OKR produit : harmoniser objectifs business et expérience utilisateur
Guide stratégique pour dirigeant·e·s de PME et managers d’entreprises romandes
1. Pourquoi parler d’OKR quand on développe un produit digital ?
Les produits digitaux – qu’il s’agisse d’une application mobile, d’un logiciel métier ou d’un service en ligne – prennent chaque jour plus de place dans l’économie suisse. Pourtant, beaucoup d’équipes restent enfermées dans un double discours :
- Côté direction, on réclame du chiffre : revenus, parts de marché, pipeline commercial.
- Côté équipes produit & UX, on défend la satisfaction client, la fluidité du parcours, la qualité.
Quand les deux visions avancent séparément, on obtient soit un produit agréable mais peu rentable, soit un produit rentable mais qui déçoit ses utilisateurs. Les OKR (Objectives and Key Results) offrent un pont simple entre ces réalités : une méthode pour définir où l’on veut aller (l’objectif) et mesurer clairement l’avancée (les résultats clés).
2. Le principe en deux minutes (sans jargon)
- Un objectif (O) doit inspirer : il décrit ce que l’on veut accomplir d’ici trois à six mois.
- Exemple : « Devenir la référence romande pour la réservation d’activités outdoor. »
- Trois à quatre résultats clés (KR) mesurent si on s’en rapproche. Ils sont quantitatifs.
- Exemples :
- Atteindre 8 000 réservations mensuelles (au lieu de 4 500).
- Porter la note moyenne sur Trustpilot de 4,2 à 4,6/5.
- Réduire le délai de remboursement à 24 h maximum pour 95 % des demandes.
- Pas de longue liste : on se concentre sur ce qui compte vraiment, on suit l’avancement chaque mois, et on ajuste.
3. Pourquoi les OKR font du sens en Suisse romande
Enjeu local | Apport des OKR |
Marché limité (2,1 M d’habitants) : chaque client perdu pèse lourd. | Les OKR forcent à suivre des indicateurs de satisfaction (NPS, réachat) en plus des revenus. |
Coûts salariaux élevés : impossible de multiplier les équipes. | Fixer peu d’objectifs évite la dispersion des ressources. |
Multilinguisme (FR/DE/IT/EN) : la qualité d’expérience varie selon la langue. | On peut définir un KR spécifique pour la version allemande ou italienne (ex. « score CSAT ≥ 4,5 en allemand »). |
Conformité strictes (LPD, FINMA) | On intègre un KR de conformité (« 100 % des écrans sensibles traduits et validés par le legal »). |
4. Comment formuler des OKR « produit » qui parlent aux dirigeants
4.1. Partir d’un impératif business clair
- Croissance ? (Ex. +30 % de chiffre d’affaires SaaS)
- Rétention ? (Ex. garder 90 % des abonnés sur 12 mois)
- Efficacité ? (Ex. diviser par deux le temps de support)
Ensuite, demandez-vous : quels obstacles d’expérience utilisateur empêchent d’atteindre ce chiffre ? C’est ici que le tandem business + UX devient évident.
4.2. Trois filtres pour retenir vos KRs
- Impact : si le KR est atteint, la direction ressent-elle réellement la différence ?
- Contrôle : l’équipe produit peut-elle influencer cet indicateur sans dépendre d’un tiers hors de sa portée ?
- Mesure : dispose-t-on déjà d’une source fiable de données ? (Analytics, CRM, sondage, etc.)
4.3. Exemples concrets pour une PME SaaS à Lausanne
Objectif (O) | Resultats clés (KR) | Pourquoi c’est parlant |
Offrir la meilleure expérience de signature électronique de Suisse romande |
– Passer de 4 000 à 7 000 signatures mensuelles finales – Atteindre un taux de complétion de 95 % sans assistance – Obtenir un score NPS ≥ 60 |
Les revenus augmentent (volume), les utilisateurs ne décrochent plus (complétion), et la satisfaction se voit (NPS). |
5. Le rôle de la direction : sponsor, pas arbitre technique
En PME, la tentation est grande pour la direction de descendre directement au niveau « faire un bouton bleu ou rouge ». Les OKR permettent de monter d’un cran : on ne débat plus de la couleur, mais de l’impact mesurable.
À faire : valider l’objectif et les KR, allouer les moyens, lever les blocages.
À éviter : imposer la solution (« il faut ajouter trois pop-ups »), sinon les équipes ne pourront pas adapter en cours de route.
6. Animer les OKR sans lourdeur bureaucratique
- Réunion de démarrage (2 h)
- Alignement sur l’objectif, validation des métriques, calendrier.
- Check-in mensuel (30 min)
- État des KR (0-100 %), obstacles majeurs, décisions rapides.
- Rétrospective trimestrielle (1 h)
- Ce qu’on garde, ce qu’on arrête, ce qu’on ajuste.
Outil simple : un tableau partagé (Google Sheets, Notion) avec trois colonnes : O, KR, % d’avancement. Pas besoin de logiciel coûteux au démarrage.
7. Deux récits courts pour illustrer (fictifs mais inspirés de cas réels)
7.1. Start-up fintech à Genève
- Problème : le taux de conversion de la page d’inscription stagnait à 12 %.
- OKR
- O : « Rendre l’ouverture de compte instantanée ».
- KR1 : Passer à 25 % de conversion.
- KR2 : Temps de validation KYC <5 min.
- KR3 : Score de clarté du formulaire ≥ 4/5 (sondage en sortie).
- Résultat : focus sur simplification du formulaire, tutoriel vidéo, et nouvelle API KYC ; 8 semaines plus tard, conversion à 26 %, KYC 3 min, satisfaction 4,2 / 5. Le CEO a vu un doublement immédiat des ventes sans campagne marketing supplémentaire.
7.2. Éditeur de logiciels industriels à Neuchâtel
- Problème : forte dépendance au support téléphonique (3 EETP).
- OKR
- O : « Rendre la maintenance autonome pour 80 % des clients ».
- KR1 : Créer une base de connaissances multilingue couvrant les 20 tickets les plus fréquents.
- KR2 : Réduire les appels de niveau 1 de 60 % à 20 %.
- KR3 : Notation 4,5/5 sur la clarté des articles d’aide.
- Résultat : les appels ont chuté à 18 % en 4 mois ; coût de support diminué de CHF 8 000 par mois ; la direction a financé une nouvelle fonctionnalité grâce aux économies.
8. Questions fréquentes (FAQ express)
Q1. Faut-il définir des OKR pour chaque équipe ?
Commencez avec un seul ensemble « produit », partagé entre marketing, UX et technique. Quand la mécanique est rodée, déclinez par équipe.
Q2. Les KRs doivent-ils toujours être chiffrés ?
Oui. Un KR est un chiffre, jamais une tâche. Sinon, impossible de dire objectivement si l’on a réussi.
Q3. Que faire si un KR est atteint à 100 % avant la fin du trimestre ?
Féliciter, puis ajuster : soit relever l’ambition, soit concentrer l’équipe sur un autre KR en retard.
Q4. Et si on échoue ?
L’échec maîtrisé vaut mieux que l’illusion du succès. On tire les leçons, on ajuste les hypothèses, et on repart. Les OKR incitent à la transparence.
9. Mini-checklist de mise en œuvre (dirigeant·e)
- Choisir le bon horizon : 3 à 6 mois pour garder le rythme, pas un an entier.
- Limiter à 3 ou 4 KR : au-delà, personne ne retiendra la feuille de route.
- Nommer un·e responsable produit : il ou elle pilote les chiffres et reporte directement à la direction.
- Rendre les OKR visibles : affichez-les sur l’intranet, ou même au mur de l’open-space.
- Récompenser la progression, pas l’activité : célèbrez un KR à 70 % qui rapporte du chiffre, plutôt qu’un backlog bouclé sans impact clair.
10. Conclusion : un langage commun pour créer la valeur durable
Les OKR ne sont pas une mode venue de la Silicon Valley ; ils répondent à un besoin très concret des organisations romandes : mettre d’accord finance, produit et expérience client.
- Pour la direction, ils sécurisent l’investissement : chaque projet s’accompagne d’un chiffre observable.
- Pour les équipes, ils clarifient les priorités : moins de « tout est urgent », plus de travail ciblé.
- Pour les clients, ils garantissent que les améliorations visibles (simplicité d’usage, rapidité, confiance) restent au cœur des décisions.
Un OKR bien écrit est une promesse vérifiable.
En l’adoptant, vous transformez vos discussions d’orientation en actes mesurables et, surtout, en résultats tangibles pour l’avenir de votre entreprise.